TEXTES

De la source à la mer, l’eau s’écoule, ruisseau, torrent ou fleuve, se dilue dans la mer et recommence, nuage, pluie, ruisseau, torrent ou fleuve…

La vie s’écoule aussi, lente ou tumultueuse, heureuse ou douloureuse, et puis s’arrête.

Lepouet 1988

A Didier N

Dure, la mère

Malade à cause de lui

dit-elle

Et lui, fou d’elle

L’attend à l’HP.

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Aux barreaux du lit.

Aux barreaux du lit

Se perche l’amour

au sortir des corps

A l’entour des coeurs

 

Aux barreaux du lit

Se perche l’amour

Aux barreaux des corps

Au barreau des coeurs

 

Aux barreaux du lit

Pleure l’amour

Aux coeurs sourds

Aux corps gourds

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Cinq Heures

Cinq heures d’horloge

Une heure de paix, quatre ans de guerre

Cinq heures d’encart

Parenthèse conjuguée

La coquille de marbre s’offre

Ne s’ouvre pas à l’inconquérant crustacé

Qui se découvre l’abdomen

Et refuse le relogement

Sans que

Cinq queues d’ogre l’auge

Et cinq  petits cochons

Aux yeux marrons

A l’oeil vert de la vipère qui se mord la queue!

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Démocratie

Respectueux des sous qu’on lui jetait,

Le mendiant siègeait

A côté de sa serviette de toilette.

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De Brest à Sein

Ses anneaux de cou,

d’oreillles, de doigt,

de bras

De Brest à Sein

jusqu’aux hanches

Saxo en diable à la cheville

m’agitent, me troublent

Os cliquetant

jusqu’au vertige

Je me penche et me pends

au mat et

le baume de ma fibre

roule et coule en des abysses

en elle au balancement

de son sexe alterne

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Désir

Son ventre roule boule

Centripète de plaisir

Et de désir d’enfant

Mon sexe se rend

à ses raisons d’amour

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Dimanche

Délices de la matinale musique

De la toilette

l’après-midi

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Ambivalence-echo

En elle, ça s’accroche

En elle ça pourrait ne pas tenir

Elle y tient,

Elle n’y tient pas

Il s’y tient, tapi

menaçant, menacé

l’écho la sondera

le corps creux

Gonflé peut-etre

Si l’écho la sonde

Quelle image

Et s’il tient,

saura-t’elle avec lui

Sa fécondité l’effraie

Conjuguée à la sienne

Ils se sont conjugés

Au présent

parfois au futur proche

peut être pleine d’une vie à venir

avenir qu’il faut

conjuguer au futur

Elle a peur,

peur de ne pas savoir,

peur de sa fécondité qu’il lui révèle

De sa présence qui pourrait venir à lui manquer

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Enceinte

IL a trouvé sa place en toi

l’enfant

sa toute première place

Son tout premier logis

Celui dont toujours malgré lui

Il se souviendra

Je l’y ai mis

Je sais que je devrai veiller

à le maintenir en toi

auprès de toi

jusqu’à te l’arracher pour te le rendre

mais riche d’être au monde

un rouage indispensable

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Fantaisie

 

Le Baron de Cloque

L’emporta de Haute Lutte

Sur la baronne

Qui fut dès lors

De Haute Cloque

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Fugitives fulgurances

Une seconde, l’autre

Un jour, l’autre

Un an, l’autre

Tour à tour

Rythmes d’une vie

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Homme et Femme

Ombre et lumière

Ciel et terre

Homme et femme

Vie et mort

Les quatre saisons

Les quatre opérations

Les quatre points cardinaaux

Les cinq continents

Les six côtés de l’hexagone

Les sept jours de la semaine

Les péchés capitaux

Homme et femme

Sept

A la vie

A la mort

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Il me la faut

 

Il me la faut toute

A force ce n’est plus maman

 

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Paris au mois de mai

J’en appelle à Tantale

 

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La belle est au jardin d’amour

A brassées échangées

Son coeur s’est refleuri.

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Insoutenable légèreté de l’être

Plume au vent des imaginés

Images aux mouvants supports

Emouvantes et mouvantes amours

Amantes énamourées d’un jour

L’autre, l’autre aux légers

Ballottements

Ballonnements

Retenue au ventre rond

Ronde dégonflée

D’amour nouveau

Nouvelle née d’une ronde à naître

Insatisfaisante insatisfaite

à venir

Les jours, les nuits

Où de rondes blondes ou brunes

Vous mèneront

en des roulis

Coulis d’amour

Dégoulinures jusqu’en boule

Pour que ça recommence

En temps, en tant

Qu’insatisfait, insatisfaite

Sans mesure,

Léger, je me cogne

Me rogne

La trogne aux parois

Impuissant à l’empire de mes sens

Jamais au bon bout

Il faudrait bouillir le bout

Pour en tenir le bon

Qu’il chauffe au rouge

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Intestines flèches

Les lots poussent de l’intérieur

Du ventre douloureux qui pousse à dire

Pète ou rote

Brisure et pourriture d’oeufs

Se noue, fleur de lacet

Les mots s’étouffent dans le bide

Coupures, tournants

Amères venues, retours

Intestines flèches au détours inféconds

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J’ai roulé ma folie

de métro en métro

Stations debout-assise

de ma croix sans clous

sans bois

Et sans ivresse

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Je t’écris

Je t’écris mon amour

De longues, longues letrres

Et tant de choses

Qui me surprennent

Que je ne me suis jamais dites

 

Si singulières…

Tu me réponds

Et ce que tu me dis

C’est si beau!

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Je t’encopule

Je t’encopule, t’enrouillasse

basse la gouillasse et gransse le critose

m’enramouille à la raource

m’entouraille aux ramources

de ton

ostériose

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Jeu

Je me conjugue à la 1ère personne,

Je me conjugue en  toi

qui te conjugues en je

Jeu de l’amour

aux pièges du deux.

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Jumeau

Je t’emporte partout avec moi

Double, jumeau inséparable

Éternel être à naître

Séparé, fusionné, choisi, élu

Et qui au lieu de se taire

Déterre l’innommable

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Jumelle

Jumelle inséparable

Éternel amour à naître

Séparé, fusionné

Jumelle choisie, nommée

Nouée, vouée au désir

parce que nommée

Du sexe au ventre souvenir

Au cœur la marque des mots

Mémoire

Ce doute des pontillés ou de la ligne

Je t’emporte partout avec moi

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La maison

Ma femme

Tu m’es passage à ma maison

Par toi, je peux rentrer chez moi.

Il se peut que je m’évade

en passant par le toit

 

La maison

Carapace en mue perpétuelle

de l’intérieur

Reflet obligé de deux vies

La façade se refait et se lézarde

au rythme des générations

L’intérieur alors en prend un coup.

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La mère

En elle, il s’agite.

Il sait que c’est lui,

Pas elle

Et se réjouit

La vie, c’est lui

Sa vie.

Bientôt les douleurs de la première séparation

Retrouvailles avant les relevailles

Amère découverte d’un homme

Qui ne sera jamais tout à fait le sien.

Ou qui sera à tout jamais le sien

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La pierre

La pierre à la fin du jour est chaude

Tiède la nuit

Et froide le matin

Comme…

Mais elle sait la pierre

qu’à la fin du jour…

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La trentaine passée

Toutes ses amies pourvues d’enfants

Elle, entre pilule et stérilet, pas la moindre IVG

Se dit qu’elle aussi pourrait peut-être

Au diable chimie et mécanique

Au diable l’abstinence

Vive le désir!

Les seins gonflés d’espoir?

Le retard inaugure l’attente et l’espérance…

Une musique de deuil

L’impossible aveu de sa fécondité

Et sa douleur…

« Je vais faire brûler un cierge pour mon enfant »

Dit-elle!

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L’araignée

Dangereuse

Je la séduis

Je me l’attache

Dans sa toile

Je m’émule

Et me ficele

Dans ses draps,

Oriflamme au poteau

Bouche à bouche mortel

Qui s’abouche au miroir.

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L’artiste

Je sculpte

Je peins

j’écris

Peinture, sculpture, écriture

Et tous les mots en ure

Luxure, biture…

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Le cœur saigne

Le cœur saigne d’un excès de sans

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Le cœur saigne

Le cœur saigne d’un excès de sang

Fleurs bleues,

Blanches,

Jaunes,

 

Au vase blanc

La peau frissonne

Rose à l’orchis

C’est sucre et miel

Elle vagabonde

Aux mille langues

Pour soi

 

A la croisée,

Au puits

Sourd la source au poisson d’or

 

Vertige

Elle pense et se livre

A l’anglais

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Le début et la fin

Tu es jeune

et

Tu es vieille

 

Tu es le matin

et

Le crépuscule

 

Jeunesse du monde

et

Décadence

 

Douceur infinie

et

Infernale ivresse

 

Regroupant dans l’instant

Le début

Et la fin

 

Tu m’épuises

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Le deuil

Le deuil de l’avoir toute

De les avoir toutes

De tout avoir

Du renoncement ascétique

Des absolus extrêmes

pour se satisfaire d’un quotidien

Pas tous les jours dérisoire.

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Le mètre étalon

Le maître-étalon

se mesure en armure

en costume

en auto

même en maillot

Et se trouve comme il faut.

Mais nu,

en certaines circonstances

Il se déçoit un peu…

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Le père et l’enfant

C’est le père, et c’est l’enfant,

Toujours le même enfant

Qui n’a pas vu le père

au jour le jour

jusque vers se vingt ans.

Ensuite et pour toujours

il reste pour le père l’enfant

qui n’a pas su, au moins pour lui

grandir

Tout au fond du père qu’il est devenu,

par hasard

de l’adulte qu’il doit être

reste tout au fond

l’enfant

l’enfant rêveur, l’enfant boudeur

l’enfant frondeur

l’enfant affolé de n’être pas bercé…

L’enfant secoue l’édifice

Il veut que ça soit pour de vrai

Pour toujours

Il essaie, il bâtit

Il rebâtit encore

Et ne se trouve pas

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Le quotidien des amants

Le quotidien

Chemin initiatique des amants

Initiés

les amants

Deviennent étrangers

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Le vent

Le vent gémit

Il déchaîne la vague

Qui se précise

Et roule

Et gronde

L’eau soudain si légère

Entraîne dans sa transe

Tout ce qui est à sa portée.

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Les jeunes femmes me font un effet boeuf

 

Le bœuf à la charrue

A l’étable

Au penis inutile

Doux, Paisible

Fort

Fort dépité

Qu’on lui ait coupé les couilles.

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Les pantoufles

Même les meilleurs amants

finissent par préférer

leurs pantoufles

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Les pas dans les pas

J’aurais aimé mettre les pas dans les pas de mon père

Dans le sillon tracé par lui

Mon père est à la ville

Je cherche encore mon chemin

Et mon fils après moi.

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Les trous de souris

Les trous de souris

ceux des cabinets

la fourmilière

la ruche

la taupinière

les tunnels

les souterrains

Et les dessous des femmes

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L’homme d’en bas

Il pleut

l’homme d’en bas arrose son jardin

Il pleut de plus en plus fort

Et il arrose

Il trouve qu’il n’a pas de chance

L’homme d’en bas

Il pleut et il arrose

Il revient du travail et il est fatigué

Sa femme est au Tréport dans sa caravane

Sa lance d’eau sous la pluie arrose

Il a un peu bu l’homme d’en bas

Il a un peu bu et il est triste

Sa femme est au Tréport et il arrose son jardin

Sous la pluie.

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L’œuf clair

L’œuf était clair

A cette révélation

l’avenir lui parut sombre

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Le couloir

Long couloir blanc cassé,

Sol dallé plastique,

Foulé de pointes de pieds.

Nombreuses portes

D’où entrent et sortent des ombres feutrées

habillées de laines chaudes et chères,

Venant, d’un signe chercher

De belles ou beaux jeunes gens.

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Ma mère

Elle parlait la langue de Racine

L’anglaise,

Ma mère par la passion qu’elle m’infligea

Jusqu’à la farce

Dérision qui me

fit préférer à la langue maternelle

Celle de Molière.

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Manif

Faut-il des oppresseurs

Pour que l’on se presse à plus de deux

En foule pour d’autres étreintes

Scansion de chants et de slogans

Cordons de képis

Corps rassemblés jouissant

exultant jusqu’à l’orgasme

La fugace solidarité

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Narcisse au masculin

Un œil,

Deux yeux

émus, humides

Première source où il se désaltère

Aiguise sa soif de l’autre

Qui se dément aux bords mêmes

De la coupe offerte

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Printemps

Je vous ai suivie, Madame

De dos, vous étiez superbe

Et j’en étais ému

Votre abondante chevelure sur vos épaules

Striée de blanc

Menait au manteau,

Blanc aussi

Duquel sortaient vos jambes mantillées de noir

Et qui mettaient mes pas dans les vôtres

Le bleu de vos bottines

Sous ce premier soleil

Rattachait la terre au ciel.

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Quotidiennes rencontres

Ces deux là qui travaillent

se voient chaque matin

Las

Entre rêve et métro

Déjà presqu’ailleurs

Se disent au revoir jusqu’au soir

Ils se revoient alors

encore ailleurs

empreints d’autres querelles

les leurs, pas partagées

Ils font les gestes de la vie

Sans y penser

Et puis s’endorment et rêvent d’un ailleurs

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Raté

Elle m’avait

Moi l’enfant

Tout fait

Mieux qu’un vrai

Je suis parti.

 

C’est alors qu’elle l’a fait

l’enfant, le vrai

Celui qu’elle ne voulait pas

Pour me garder

Raté!

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Rêve

Le livre au bout de quelques pages

Semble à moitié lu.
Puis le lecteur chemine

Au long d’innombrables feuillets

De plus en plus minces

De plus en plus nombreux

Alors qu’à l’observateur

Le livre semble presque achevé

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Ronde

Roule et tourne-vire

Vire, boule, coule, saoule

Saille, maille faille

Jusqu’à dormir

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Rose Orchidée

Tu peux me mettre en gerbe

En bouquet

Rose orchidée au bourdon farouche
Tu m’étamines et me pistilles

Me sépales

Me pétales,

Me tiges,

M’effeuilles

M’ovules,

Me pollènes et m’anthères

 

Au vase blanc

L’urne nouvelle

D’anciennes amours

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Rousse

Grande et forte et rousse,

au regard alangui

Hanche et seins mythiques

Au creux desquels

L’occasion rêvée

d’un sexe tendu, offert

Contre partie exacte de ses protubérances

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Score

7 ans de vie à 2

côte à côte

à côté

A côté de qui de quoi

De toi, de moi, de ma solitude

de la tienne

de mon désir, du tien

d’une accumulation de biens communs

de choses faites en même temps

aux mêmes endroits

d’un bien à défendre

Contre qui contre quoi

Suis je responsable de toi

Es tu responsable de  moi

je suis seul face à toi qui es seule

Notre union est stérile

par mon choix

Peut être

Eut-elle été plus tôt fertile

aurais je su conjuguer

ma responsabilité à la tienne

pour amener l »enfant à l’âge adulte

Tuteur tutélaire, double doublé

Aujourd’hui je sais que toute vie

n’a de sens que promouvant une autre vie

En ai-je envie

Et suis-je en vie

En vie à deux

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Lepouet  1988