Alberto et moi

Je suis agacé et flatté, lorsque j’expose mes très filiformes et très hautes figures en bois, sculptées à la gloire de tous ceux qui luttent ou ont lutté pour la liberté et la dignité, d’entendre de continuelles références à Alberto Giacometti. Comme lui, je veux que mes statues parlent d’autre chose que d’elles mêmes…

Debout, vivants et libres
Je voue à Alberto Giacometti la plus grande admiration et même de la tendresse.
Les tableaux réalisés à l’occasion des interminables séances de pose avec son frère Diego , sa mère ou sa compagne Annette me ravissent. Comme s’il voulait prolonger longtemps des moments d’intimité et de bonheur…
Son éternelle insatisfaction, Son acharnement à toujours remettre sur le chantier son travail me plaît. Il est pareil  à Sisyphe roulant son rocher vers le haut de la montagne sans jamais parvenir au sommet.
Il n’est jamais content de ce qu’il fait. Il voudrait que ça soit plus vivant que vivant. J’aime cette insatisfaction. Il sait qu’il n’y parviendra pas, mais il ne renonce pas. Il sait qu’il n’est pas possible d’inscrire la vie dans un morceau de terre.
La vie a ceci de particulier que sur l’axe du temps elle est toujours insaisissable, dans ce moment présent, toujours en mouvement et tourné vers l’avenir. Lorsqu’il n’y a plus d’avenir possible, on est mort ? Non ?

Giacometti Annette
Quand la statue est terminée, c’est une autre vie qui commence. L’artiste a fini son travail. Commence alors celui des autres hommes…
J’aimerais tant qu’il n’évacuent pas mon travail en le rangeant dans un tiroir, fût-il aussi prestigieux que celui d’Alberto. Je lui dois beaucoup, comme je dois à à tous ceux qui ont, avant moi, des cavernes au studios chauffés contemporains, tenu des pinceaux ou modelé la glaise. Mais la pierre que j’apporte et une nouvelle pierre.

Vous aimerez aussi...